11 Novembre 2014 à Bourguignons suivi d’une visite au Sénat

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Monsieur le Maire,

Chères Berguignonnes, chers Berguignons

Cette année encore, j’ai le grand bonheur d’être parmi vous pour ces commémorations du 11 novembre dans notre beau village de Bourguignons, où sont mes racines, les racines de la famille Laurey-Boccard.

Ces commémorations sont teintées d’une coloration toute particulière, comme vous l’avez rappelé, Monsieur le Maire car elles marquent les 100 ans de la Première Guerre mondiale.

Le 11 novembre 1918, après 1560 jours de combat, la grande guerre s’arrête enfin. Elle a changé définitivement la face du monde : des générations entières ont été fauchées, l’économie est à l’agonie, les équilibres géopolitiques sont bouleversés.

Marquant la fin d’un monde, la grande Guerre entraine et engloutit dans son sillage un grand nombre de pays belligérants.

En France, cette guerre mobilise l’ensemble des ressources morales et matérielles de toute une société et puise très largement dans les ressources de ses colonies, qui paient un lourd tribut à l’effort de guerre.

Le 11 novembre 1918 à 11h du matin, les cloches de toutes les églises de France carillonnent pour célébrer l’annonce de l’armistice.

Le bilan humain est extrêmement lourd. La France dénombre à elle seule, 1,4 millions de « tués à l’ennemi ». La Grande-Bretagne pleure quant à elle 800 000 soldats. L’Allemagne a perdu plus de 2 millions d’hommes, l’Autriche-Hongrie plus de 1,5 millions, l’Empire Russe, 2 millions…

La violence guerrière a également fauché nombre de soldats non européens, et durement frappé les civils, dont on estime à 8,8 millions le nombre de morts. A ce décompte macabre s’ajoutent, pour l’ensemble du Vieux Continent, quelque 6,5 millions d’Invalides, 8 millions d’orphelins, environ 4 millions de jeunes veuves et plusieurs millions de parents inconsolables.

Ce n’est qu’en 1950 que la France retrouvera son niveau démographique d’avant.

La situation économique et financière est catastrophique. Le Vieux Continent sort donc très appauvri de cette horrible mêlée des années 14-18.

Toutefois, sortir de la guerre, ne consiste pas uniquement à déposer les armes, négocier des traités et reprendre des activités du temps de paix. Il faut parvenir à se désengager mentalement du conflit. Entre 1920 et 1930, un intense processus de deuil se déploie ; cimetières pour rassembler les morts au combat, édification de mémoriaux nationaux et de monuments aux morts (on dénombre 38 000 monuments aux morts de la Grande Guerre en France), plaques commémoratives apposées dans les entreprises et les bâtiments publics, rues rebaptisées du nom des batailles et des combattants, etc…

C’est d’ailleurs en 1922, que le 11 novembre devient un jour férié, et la flamme est allumée pour la première fois sous l’Arc de Triomphe de la Place de l’Etoile à Paris, qui abrite la tombe du Soldat inconnu, le 11 novembre 1923.

Les associations d’anciens combattants, sont à la pointe de cet activisme de la mémoire.

Mais me direz-vous, un siècle après, les Français se sentent-ils encore concernés par la Grande Guerre ?

Depuis une vingtaine d’années, il a été observé que Les Français s’y intéressaient de plus en plus.

Dans des départements comme la Marne et la Somme, on a assisté à un renouveau associatif avec l’entretien des lieux de combats, la récolte de lettres, de souvenirs.

Et bien quelle est la cause de ce regain d’intérêt ?

Ce qui marque les esprits est la disparition des témoins. Rappelons que Lazare Ponticelli, le dernier poilu est décédé en 2008 .Après eux, les greniers se sont ouverts.

Des enfants, des petits-enfants et maintenant des arrière-petits-enfants de poilus retracent le destin de leur ancêtre dans la Grande guerre, mettent en ligne ses lettres et ses carnets, suivent le trajet de son régiment, visitent les champs de bataille où il a connu l’épreuve du feu.

Car de cette page douloureuse de notre histoire, il nous reste beaucoup d’écrits, des paroles de poilus qui disent leur dégout de la guerre et leur impuissance devant cette folie meurtrière.

Cet activisme local est d’ailleurs remonté jusqu’à l’État qui dédie cette année 2014 à l’histoire et à la Mémoire de notre pays avec la Mission du centenaire.

Le cycle de commémoration a officiellement été lancé par le Président de la République à l’Élysée en novembre 2013. Il marque à la fois le centenaire de la Première Guerre mondiale et le 70ème anniversaire de la libération de la deuxième guerre mondiale.

Un millier de projets émanant de la société civile ont été labellisés « mission du centenaire ». Autant dire que les associations, les musées, les Lycées, les départements, les mairies ont manifesté un véritable engouement.

Par ailleurs, des manifestations auront lieu dans de nombreux pays restituant la dimension planétaire du conflit.

La production culturelle n’est pas en reste ; depuis les années 1990, on dénombre une profusion d’œuvres cinématographiques (Joyeux Noël de Carion, Capitaine Conan de Tavernier, Un long dimanche de fiançailles de Jeunet…) et littéraires (l’œuvre BD de Tardi, Les champs d’honneur de Rouaud, La chambre des officiers de Dugain jusqu’au prix Goncourt 2013 Au revoir là-haut de Lemaitre…)

La commémoration du centenaire de la Grande Guerre pour les pays alliés: centenaires de la bataille de la Somme en 2016, pour les Britanniques et de l'arrivée de leurs troupes en France en 2017, pour les Américains.

La guerre de 14-18 remue en profondeur la société française car la mémoire familiale est restée extrêmement vive.

Toutes les familles ou presque ont perdu un des leurs pendant ce conflit. Nous même à Bourguignons, nous avons perdu des membres de notre famille…en ce qui me concerne, mon oncle Pierre Boccard figure sur le monument aux morts. Il fut fauché dans le train, revenant de permission, quelques jours avant la fin de la guerre.

Le souvenir de 14-18 que nous commémorons aujourd’hui se fonde donc sur le sentiment d’un deuil massif qui perdure dans nos mémoires.

A l’heure du souvenir et de l’hommage rendu à nos ancêtres, je suis fière et honorée d’être ici, parmi vous, à Bourguignons.

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