les Chrétiens et le printemps arabe : une opportunité ou une menace ? 13 février 2013

IMG_0637C’est un réel plaisir pour moi de vous accueillir au Sénat de la République française. Je suis très heureuse d’être parmi vous aujourd’hui pour participer à la Conférence-débat sur « les Chrétiens et le printemps arabe : une opportunité ou une menace ? ».
Avant tout, je souhaite féliciter Mme Agnès Ide, Présidente de l’Institut Assyro-Chaldéen-Syriaque, de cette initiative.
Agnès Ide est une personne tout à fait remarquable. Ce colloque est le deuxième qu’elle organise sur la situation alarmante des chrétiens d’orient.
Comme vous le savez, les chrétiens du Proche et Moyen Orient représentent majoritairement le peuple Assyro-Chaldéen-Syriaque originaire du Croissant Fertile et de l’ancienne Mésopotamie.
D’un point de vue historique, ces régions ont vu naître de grandes civilisations, telles que la civilisation Babylonienne, Assyrienne et Néo-Babylonienne et des royaumes araméens. Ces différentes civilisations ont réalisé de grandes avancées et découvertes.
De plus, elles furent à l’origine de la construction des premières Ziggourats, dont la plus célèbre fut la Tour de Babel ; mais également de la construction de l’une des sept merveilles du monde, les Jardins Suspendus de Babylone.
Ma chère Agnès, vous êtes née en Turquie à Istanbul, et toute petite dans le Sud Anatolien où vivait votre famille, vous étiez au cœur de cette problématique des chrétiens d’Orient, prise dans le conflit opposant le PKK qui venait se réapprovisionner dans votre village et l’armée turque qui accusait les villageois de collaborer avec le PKK.
Les chrétiens encerclés par une majorité musulmane étaient victimes de persécution religieuse, ils payaient des impôts en raison de leur appartenance religieuse, et leurs enfants étaient enlevés sur le chemin de l’école, en particulier les filles qui risquaient d‘être mariées de force à un musulman.
Les fillettes chrétiennes n’allaient donc plus à l’école.
Dans ces conditions épouvantables et indignes, l’armée turque ayant évacué tous les villages de votre région, votre famille a préféré partir en France.
Votre père, Philippe Ide, vous a tout raconté, inlassablement… ce qui s’était passé et pourquoi vous avez dû partir...
Sans relâche, il vous a narré que le peuple Assyro-Chaldéen-Syriaque fut le premier peuple à adhérer au christianisme et que grâce à l’apôtre Saint Thomas, ce peuple contribua à l’expansion du christianisme dans le monde entier, notamment au Moyen Orient et en Extrême Orient.
On peut dire, en lui rendant un bel hommage, que votre papa est le pilier fondateur de ce que vous êtes aujourd’hui.
Au cours de votre 2ème année d’études de commerce, vous avez eu l’opportunité de passer deux mois en 2006 en Irak, en pleine guerre, comme volontaire dans une ONG militant pour le droit des femmes.
Vous avez pu vous rendre compte de la situation difficile de votre peuple Assyro-Chaldéen-Syriaque dans ses terres ancestrales, en particulier dans les grandes villes telles que Bagdad, Kirkuk et Mossoul. Vous avez témoigné que ce peuple était la première victime des assassinats et des enlèvements et que les femmes étaient obligées de porter le voile sous peine d’être soit exécutées soit converties ou encore mariées de force.
Au cours de ce voyage humanitaire, de ce "retour" à vos racines, votre mission était de dialoguer, observer, échanger et surtout témoigner de tout ce que vous avez vu et qui vous a terriblement marquée. Vous vous êtes donc encore plus investie dans l’Institut Assyro-Chaldéen-Syriaque crée par votre père en 2003, au point d’en prendre la présidence en 2006.
Cette association est un véritable socle qui assoit votre légitimité. Depuis vous avez enchainé les colloques et les conférences culturelles, sur la langue araméenne entre autres, sachant que le peuple Assyro-Chaldéen-Syriaque continue à parler l’araméen sous forme de 2 dialectes : le syriaque (dialecte de l’ouest) et le Soureth (dialecte de l’est) et que cette langue a joué un rôle déterminant dans la traduction et la transmission des écrits théologiques et philosophiques grecques .C’est d’ailleurs par ce vecteur que les connaissances mésopotamiennes et grecques arrivèrent en Europe via l’Espagne avec la conquête arabe.
Il est important de souligner, ma chère Agnès, que votre acharnement au travail commence à porter ses fruits car cette belle et ancienne langue araméenne parlée depuis plus de 3.000 ans, est maintenant étudiée au Lycée Jean Jacques Rousseau de Sarcelles dans le Val d’Oise, le but étant de la rendre diplômante pour le bac.
Quelle belle victoire ! Une langue que les jeunes gens ne pratiquaient plus ! C’est réellement une grande avancée et un motif de fierté.
Nous l’avons bien compris, ma chère Agnès, le but de votre association est de sensibiliser l’opinion politique et publique à la situation des minorités chrétiennes en Orient car ces dernières années elles ont été poussées à partir de leurs terres ancestrales.
L’histoire nous montre que d’une situation majoritaire, les chrétiens d’Orient sont devenus minoritaires.
On peut le dire dans cette assemblée ; leurs droits sont bafoués, leurs droits n’existent pas !
Presque deux ans après le début du conflit contestant le régime de Bachar al-Assad, des centaines de chrétiens ont été tués par le régime de baasiste de Bachar al-Assad et par des bandits, auteurs de crimes crapuleux. Les chrétiens de Syrie, en particulier les Assyro-chaldéen-syriaques sont présents dans les différents groupes d’opposition.
Représentant entre 7 à 10% de la population, le sort des chrétiens reste peu évoqué dans les différentes discussions et négociations, alors qu’ils constituent une population vulnérable. Le nombre des chrétiens ne cesse de diminuer à chaque bouleversement économique et politique ou avènement d’un état totalitaire.
Il est dit que depuis l’arrivée au pouvoir en Syrie de la famille Al-Assad, 400.000 Assyro-chaldéens-syriaques, ont fui le pays, selon les organisations chrétiennes opposantes aux régimes de Bachar al-Assad.
Les Chrétiens de Syrie sont pris entre deux. Dans les médias français, on ne parle pas souvent des chrétiens qui s’engagent pour changer les choses, mais plutôt de ceux qui soutiennent Bachar El Assad. Ils ont du mal à déterminer leur position et la prudence est de mise parmi eux, car comme en Irak, ils n’ont personne pour les protéger.
La présence des chrétiens, notamment des Assyro-chaldéens-syriaques, peuple araméophone, autochtone de la région, est essentielle pour la paix sociale et le maintien d’une région jusqu’ici multiculturelle, en proie à une montée de l’islamisme et une instabilité sécuritaire entrainant l’émigration définitive de ces populations autochtones, présentes depuis des milliers d’années.
S’ils ne sont pas soutenus, les chrétiens Assyro-chaldéens-syriaques et autres minorités risquent d’être des « cibles légitimes » de toutes parts :le gouvernement Assad, les opposants et les bandits.

Si rien n’est fait pour les aider, le monde assistera à un nettoyage ethnico-religieux dont les conséquences sont déjà visibles en Irak, malheureusement bientôt en Syrie et dans tout le Proche et Moyen Orient.
Il faut agir maintenant pour permettre aux chrétiens assyro-chaldéen-syriaques et autres minorités de vivre et d’avoir un avenir dans leur pays : la Syrie.
Depuis des siècles, la France est investie d’une mission particulière à l’égard des Chrétiens d’orient. Il ne peut y avoir de révolution démocratique authentique sans protection des personnes appartenant aux minorités. Les chrétiens d’Orient ont vocation à rester dans leur région, et participer à la construction de son avenir comme ils l’ont toujours fait par le passé.
La France ne les abandonnera pas dans ce combat.